Une collection lapidaire trouve un second souffle grâce au numérique

La tablette présentant une scène eCorpus sert de cartel numérique a une oeuvre lapidaire

Le renouveau d'un musée d'oeuvres lapidaires médievales

Erigé au XIIe siècle, le cloître de Notre-Dame-en-Vaux arborait de somptueuses sculptures représentants des personnages importants ainsi que des scènes majeures de la Bible. Finement sculptées, ces statue-colonnes sont les véritables témoins de la transition de l'époque entre le style roman et le style gothique.

Trop coûteux dans son entretien, il fut détruit par les chanoînes au XVIIIe siècle. Si certaines statues se retrouvent dans divers marchés au pierres pour être revendues, la plupart sont fragmentées et réutilisées dans les fondations des bâtiments de la ville de Châlons-en-Champagne. C'est au XXe siècle que les fragments seront mis-au-jour pour Sylvia et Léon Pressouyre, qui passeront des années à repertorier plus de 800 fragments afin de réassembler ce cloître désormais perdu.

De nos jours, ce cloître lacunaire se trouve désormais sous la forme d'un musée, placé juste à côté de son emplacement d'origine. Profitant des avancées technologiques et de la fermeture temporaire du musée, l'équipe des Musées de Chalons-en-Champagne, sous la direction de Clémentine Lemire, a décidé d'aller encore plus loin dans le travail de reconstitution du cloître des Pressouyre, pour tenter de faire revivre ce monument numériquement.

Pour sa réouverture ce 05 Avril 2025, le musée du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux a collaborer avec l'INHA, Mercurio Imaging et Holusion dans la but de donner un nouveau souffle à sa collection lapidaire. Le nouveau parcours du musée présente ainsi une table tactile, trois bornes holographiques, un puzzle 3D d'une arche imprimé en 3D, ains qu'un mapping projetant des hyptohèses de polychromies sur un montage lapidaire.

Numérisées numériquement par Digitage, les statues-colones se retrouvent pourvues de jumeaux numériques, stockés dans des bases de données eCorpus. Si la volonté était d'abord d'assurer la pérenité des oeuvres, ces scans 3D ont notamment permis la reconstitution numérique des oeuvres. L'anastylose numérique complète du cloître tel qu'il était avant sa destruction n'est plus qu'à portée de main...

Nouveau parcours, nouvelle médiation

Quoi de plus logique que d’organiser un nouveau parcours de médiation afin de mettre à jour le Musée du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux ? A cette modernisation vient s’ajouter une dizaine de tablette tactile dressées sur pieds, placées à des points stratégiques dans la visite. Chaque tablette présente ses propres scènes eCorpus, exposant des jumeaux numériques de statues-colonnes qu’elles viennent enrichir sémantiquement, agissant comme de véritables cartels numériques.

Ce dispositif invite le visiteur à découvrir les sculptures devant lui d'un nouvel oeil. En toute autonomie, il peut découvrir des points d'intérêts, lire des articles rédigés par l'équipe du musée et découvrir en image d'autres iconographies comtemporaines. Cet aspect permet de donner encore plus d'information qu'un cartel classique, parfait pour les visiteurs plus indépendants, ou pour servir de support aux guides du musée.

Ce sont une dizaine de statue-colonnes qui ont été choisies pour être valorisées par ces cartels numériques. Oeuvres capitales, elles sont les premières à avoir bénéficiée d'une hypothèse de reconstitution, à partir de la collaboration étroite entre l'équipe du Musée, d'un Conseil scientifique et d'Holusion. Ces reconstructions 3D hypothétiques, colorés en bleu pour bien les différencier de l'original, marque une avancée dans la recherche et dans la médiation muséale.

Cette collection est disponible sur le site Internet de eCorpus. Vous pouvez dés à présent la consulter gratuitement pour apprécier le travail fournis pour la valorisation de ces chef d'oeuvres médiévaux.

Permettre aux visiteurs de se glisser dans la peau de Léon Pressouyre

Photo d'une table tactile installée dans la coursive du Musée du cloître de Notre-Dame-en-Vaux

Installé dans la coursive du Musée du cloître de Notre-Dame-en-Vaux, une table tactile permet aux visiteurs de voyager dans le temps, lors des fouilles s'étant tenues de 1963 à 1976. Développé via un partenariat entre des chercheurs de l'INHA et Holusion, deux applications sont à dispositions pour accèder aux notes de fouilles des Pressouyre.

La première représente une base de données retraçant les fouilles ayant eu lieu dans le cloître de Châlons-en-Champagne, alors appelé Châlons-sur-Marne, il y a 60 ans. Le dispositif permet de pouvoir consulter librement les différentes notes de Léon Pressouyre, placées sur un plan du cloître selon les emplacements authentiques des fragments retrouvés. La large résolution de l’écran offre une vision globale de tous ces emplacements avec une lisibilité accrue, permettant à plusieurs personnes de lire les informations affichées en même temps. Les fonctionnalités tactiles permettent quant à elles une exploration intuitive des applications.

C’est à partir de ces données qu’à été développée la deuxième application présente sur la table tactile: une application de puzzle intéractif en 3D. Son interface épuré et ludique a été conçue pour plaire au public plus jeune du musée, leur permettant de se glisser dans la peau des Pressouyre afin de reconstituer par eux-mêmes une statue-colonne en y assemblant des fragments lapidaires. Véritable icône du cloître: c’est la statue-colonne des Noces de Cana qui a été choisie pour inaugurer cette démarche.

Une des difficultés de cette application s’est notamment portée sur la fragmentation de cette œuvre. Figés dans de la métaline (sorte de mortier à base de plâtre utilisé dans la restauration d'oeuvre lapidaire), seule la partie extérieure des fragments est visible: la numérisation précise de ces-derniers s’est donc révélée impossible. Une mission de reconstitution de ces fragments était donc de rigueur pour permettre la bonne réalisation de ce projet. Reprenant les numérisations de Digitage, et s’appuyant sur des photographies d’archives, les pièces composant la sculpture aux quintuples colonnes ont pu être recréées, arborant les hypothèses de reconstitutions dans une couleur bleutée, contrastant avec le gris de la pierre d’origine.

Dans une volonté de valoriser chaque fragment ainsi recréé, il est possible pour l’utilisateur de les consulter pour en savoir plus sur leur numéro d’inventaire, ainsi que l’emplacement et l’année de leur découverte.

Film holographique et valorisation d'oeuvres ex-situ

Durant la destruction du cloître, toutes les sculptures n’ont pas partagé le même sort. Si la plupart ont été détruites, réduites en fragments, et utilisées dans les fondations du cloître, certaines ont eu plus de chance, et ont été vendues sur des marchés aux pierres. Ces œuvres ont suivi des itinéraires très différents les unes des autres. On recense notamment deux figures féminines, à Anvers, une tête au bonnet côtelé au sein du Louvre, ainsi qu’un apôtre à Cleveland.

Ne pouvant pas quitter leurs nouveaux foyers respectifs, il semblait tout de même important de les replacer à leur endroit d’origine pour compléter l’anastylose du cloître de Notre-Dame-en-Vaux. Pour ce faire, des missions de numérisation sont en cours afin de réaliser des jumeaux numériques des œuvres.

La solution de les représenter dans eCorpus sous forme de cartel numérique a vite été écartée, les œuvres n’étant pas présentes physiquement dans le musée. Désormais muni de trois Iris46, ainsi que d’un Iris22, le Musée du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux affichera les hologrammes des statues-colonnes absentes, comme si elles n’avaient jamais quitté l’enceinte de la Collégiale. Affichées à taille réelle, les sculptures sont valorisées par un court film relatant l’histoire des sujets, leurs attributs iconographiques, etc… Ce processus permet également de gommer numériquement des ajouts de chapiteaux ultérieurs sur les statues-colonnes des dames d’Anvers, permettant de les apprécier dans un style plus proche du cloître d'antan.

Présente dans la coursive du cloître, en face de la table tactile, une des vitrines holographiques présente également une animation présentant la reconstitution du Sacrifice d’Isaac.

Conclusion

Au cours d’une longue période d’investissement, en étroite collaboration avec l’INHA et l’équipe des Musées de Châlons-en-Champagne, le Musée du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux a pu célébrer sa réouverture en s’inscrivant dans l’ère du numérique et de l’innovation.

Les différents dispositifs de médiation apportent un nouveau regard sur les sculptures exhibées et démontrent une véritable synergie entre le numérique et les œuvres associées. La médiation s’innove, les écrans valorisent en restant discret et la scénographie est respectée. Les visiteurs peuvent désormais choisir de réaliser leur visite en toute autonomie sans craindre de ne pas comprendre la visite grâce aux supports numériques. Le musée a fait le choix du ludique pour s’ouvrir au grand public, afin de mettre en lumière le travail indéniable des Pressouyre, l’inscrivant dans une démarche moderne, précurseur d’une transition numérique au sein des instituts de recherches culturelles.

Remerciements et crédits

Dispositifs multiples composés de bornes holographiques présentant des statue-colonne à l'échelle 1, des cartels numériques présentant des reconstitutions numériques des statue-colonnes, ainsi qu'une table tactile présentant une application de base de données et de puzzle 3D.

Les différents procédés permettent une hypothèse d'anastylose.

Synthèse d'images Thibault Guillaumont et Jeanne Rossat (Holusion), conception et réalisation Sébastien Dumetz (Holusion), à partir de numérisations de la société Digitage avec l'assistance scientifique d'Élise Baillieul et de Marc Gil (Université de Lille).

Cette reconstitution numérique, présenté sous forme holographique, mise en œuvre par la société Holusion, a été développée à la demande du Musée du cloître de Notre-Dame-en-Vaux. Initiée dans le cadre de la préparation de la réouverture du musée, elle est le fruit d'une collaboration scientifique entre Clementine Lemire, Enora Gault, Aude Foviaux, Caroline Guerlet (Musées de Châlons-en-Champagne), d'Élise Baillieul et de Marc Gil (Université de Lille), de Jacques Wersinger (Institut catholique de Paris), d'Isabelle Périchaud et Jean-Christophe Carius (INHA), de Damien Berné (Musée de Cluny - Musée national du Moyen-Âge)